No, everyone is not using AI for everything.
- Auteur
- Gabriel Weinberg
- Thème
- IA
- Mots-clés
- adoption IA, sentiment, Gen Z, sondages, bulle tech
- Ton
- opinion
Résumé
Gabriel Weinberg (DuckDuckGo) démonte le récit médiatique du « tout le monde utilise l'IA pour tout ». En triangulant Gallup, Microsoft, Datos, Searchlight et The Argument, il montre que l'usage américain se répartit grossièrement en trois tiers : un tiers d'utilisateurs actifs, un tiers d'occasionnels, un tiers qui n'en utilise pas. L'adoption a peu bougé en un an ; ce qui a vraiment changé, c'est la montée du sentiment négatif, particulièrement chez la Gen Z.
💡 Pourquoi ça compte
Ce contrepoint chiffré rappelle aux décideurs que l'hypothèse d'une adoption universelle est fausse : la stratégie produit, RH et change management doit composer avec une majorité d'abstinents et un sentiment qui se dégrade, pas avec un raz-de-marée.
Analyse approfondie
L'an dernier, le NYT Magazine titrait « Everyone Is Using A.I. for Everything. Is That Bad? ». Weinberg estime que cet article suppose deux choses qui se révèlent fausses : (1) une fois l'IA essayée, on l'utilise « pour tout » — non, la plupart des gens qui l'ont essayée restent des utilisateurs occasionnels ; (2) l'IA est devenue si bonne que « tout le monde l'utilise » — non, de larges pans de la population ne l'utilisent pas du tout. (Il entend par IA la GenAI accessible via une interface de chat.)
Prenons la Gen Z, où la conscience de l'IA est la plus élevée : sur la dernière année, malgré une IA censément bien meilleure, l'adoption a quasiment plafonné. Le découpage année sur année de Gallup (2025/2026) : 79/81 % utilisent l'IA au moins rarement ; 41/42 % sont anxieux ; 32/31 % ne l'utilisent que mensuellement/tous les quelques mois ; 22/31 % sont en colère ; 21/19 % ne l'utilisent jamais.
Cela colle avec le nouveau site « United States AI Diffusion » de Microsoft (télémétrie anonymisée) : plus de 30 % de la population active US utilise l'IA (+3 pts depuis fin 2025) — ce qui veut dire qu'environ 70 % ne l'utilise pas — l'usage étant défini comme au moins 90 minutes d'engagement mensuel avec des services majeurs (ChatGPT, Gemini, Claude, Copilot…). Ces données toutes neuves reflètent l'étude Datos de l'an dernier : seuls 21 % des appareils desktop visitaient des « AI Tools » 10 fois ou plus par mois, 62 % zéro fois, les 17 % restants entre les deux.
Côté sondages, l'étude Searchlight trouve 58 % d'utilisateurs ou essayeurs (tools comme ChatGPT ou Claude), répartis également entre réguliers (30 %, au moins quelques fois/mois) et infréquents (29 %, une fois/mois ou moins). The Argument conclut que « la plupart des Américains utilisent l'IA une fois par semaine ou moins ».
Tout cela triangule vers : environ un tiers d'utilisateurs actifs, un tiers d'occasionnels, un tiers qui n'utilise jamais l'IA — selon les définitions. On est loin de « tout le monde utilise l'IA pour tout » ; on est bien plus proche de « certains utilisent l'IA pour certaines choses ». L'usage a peu changé sur six mois à un an. La seule chose qui a substantiellement bougé : le sentiment négatif a fortement grimpé (la colère Gen Z chez Gallup +40 % en relatif).
Weinberg en conclut qu'une part significative de la population limite activement son usage de l'IA. Searchlight identifie pourquoi : les trois premières inquiétudes sont « l'IA va remplacer des emplois et causer du chômage » (42 %), « l'IA va violer la vie privée » (35 %), « l'IA va répandre désinformation et mensonges » (33 %). Ce sentiment s'accompagne d'un fort appétit pour une régulation safety/privacy, une majorité solide estimant que le gouvernement devrait prioriser des règles même si les États-Unis développent l'IA plus lentement que la Chine.
Autre raison : le scepticisme sur l'utilité. L'IA n'obtient qu'un +8 % de jugement net positif sur son impact sociétal, juste devant les réseaux sociaux (+7 %) et bien plus haut que la crypto (-17 %) — mais loin derrière téléphones (+68 %), internet (+67 %) et solaire (+65 %). The Argument conclut que « les gens n'achètent pas vraiment le scénario haussier vendu par les PDG ». Les gens peuvent avoir une vue au niveau sociétal et agir différemment au niveau individuel, mais ce n'est pas ce qu'on observe : l'usage occasionnel majoritaire et le fort taux d'évitement montrent que beaucoup ne trouvent pas encore assez de valeur individuelle, nette de leurs inquiétudes, pour justifier un usage quotidien ou même hebdomadaire. L'écart entre le récit médiatique et la réalité reflète sans doute une bulle de travailleurs du savoir early-adopters — qui inclut une bonne partie de la presse tech (et l'auteur lui-même, qui dit s'efforcer de rester connecté au réel).